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Alençon le 31 mars 1918
Chère Louise et cher Edouard
Nous vous remercions de votre aimable carte d’Annecy. Nous espérons qu’Edouard a passé une bonne permission qui malheureusement va bientôt toucher à sa fin. René a dû en profiter pour aller de temps en temps prendre une bonne cuite de pêches à l’eau de vie avec son tonton.
Léon est-il venu en permission avec ce qu’il se passe, s’il a la chance de partir avant la suppression totale des permissions ce sera pour lui quelques bien mauvais jours de tiré.
Quant à vous mon cher Edouard je vous conseille de profiter du beau soleil d’Italie où si je m’en rapporte aux communiqués officiels il y fait meilleur que dans notre pays. Embrassez bien toute la famillle sans oublier notre ami Ragadin que je remercie pour son envoi de noix. Marie vous fera demain iun colis pour Marc. Elle vous écrira en même temps. Nous vous embrassons de tout cœur. Léon Chauvel.
Le 21 avril 1918
Ma bien chère petite Zizette
Je viens de recevoir ta lettre du 17 avril. Oui je suis toujours au T.R. Question de postes je te l’ai dit il n’y en a pas eu depuis, ils avaient commencé à se fortifier un peu et voilà qu’ils vont encore changer demain de position et les échelons aussi, car je crois que nous allons nécessairement attaquer à notre tour. ()
Vallières le 17 septembre 1918
Mon cher Edouard
Je n’ai rien reçu de toi voilà 2 jours. J’espère avoir de tes nouvelles demain. Hier nous sommes retournés à Annecy, je ne t’ai pas écrit. Pas grand nouveau mon cher Edouard. Je te quitte en t’envoyant mes meilleurs baisers. Louise
Annecy, 1er octobre 1918
mon cher petit Edouard
j’ai reçu ta carte lettre du 27. Je suis vraiment désolée de ne pas te voir arriver. J’attends tous les jours et toujours rien. Moi je souffre martyr depuis quelques jours des dents. C’est un abcès il ne doit pas tarder à sauter. Je te quitte mon Edouard, je ne me sens pas le courage d’écrire plus longuement. Je t’embrasse bien tendrement ainsi que maman.
Ta Zizette
Alençon, le 13 novembre 1918
Mon cher Edouard,
L’agréable nouvelle de lundi a dû te faire bien plaisir, il faut espérer que tu seras assez vite démobilisé. Nous avons maintenant espoir de revoir bientôt Marc, il sera lui aussi bien content de rentrer. Léon est toujours mobilisé ici. Les Alençonnais ont fêté l’armistice du mieux qu’ils ont pu. Je n’avais jamais vu autant d’animation dans notre vieille ville. Tout le monde est content de voir fini ce triste fléau. J’espère que tu es en bonne santé mon cher Edouard , ce n’est pas le moment d’être atteint de la grippe espagnole. Léon et moi nous t’embrassons bien affectueusement. Ta cousine. M. Chauvel.
le 5/12/18 CP de Beauvais
Ma bien chère petite Zizette
Je reçois ta carte du 3/12. Je suis aux environs de Beauvais, j’y ai été ravitaillé ce matin et j’y retourne encore demain. Je ne sais plus quelle vie nous menons, nous filons sur Paris et il paraît qu’après nous rentrerons en Alsace par Etapes. Enfin je n’y comprends plus rien, il y a tellement de on dit qui circulent. Je pense partir en perme entre le 12 et le 15 Janvier. Régulièrement je suis affiché sur la liste comme partant le 12 si les départs se font comme ils devraient se faire. Je t’embrasse bien tendrement ainsi que maman.
Ton l’homme qui t’aime
Edouard
6/12/18 (carte postale représentant la cathédrale de Beauvais)
bons baisers . Edouard
Mardi 31 décembre 1918
Ma chère petite femme,
Nous voilà rentrés en pleine Alsace. Nous avons été très bien reçu, les villages sont pavoisés et partout le drapeau tricolore flotte. Les gens parlent tous français. Je couche dans un lit, une belle chambre, ainsi que tous les poilus. Les gens nous couraient après pour nous donner des chambres, il y a longtemps que ça ne m’est pas arrivé de coucher dans un lit ; depuis ma perme. Nous nous rencontrons avec les soldats qui ont battu contre nous et qui étaient prisonniers en France, la France les a libérés et ils sont contents de nous recevoir.
Enfin les Alsaciens sont heureux, partout ils ont mis des écriteaux. Vive la France, vive l’Amérique, vive les alliés, vive l’Entente, vive les sauveurs de l’Alsace.
Je n’ai toujours rien reçu de toi. Je t’embrasse bien tendrement ainsi que maman. Ton poilu qui t’aime. Edouard
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